Frigyes Karinthy – Poèmes parus dans la presse

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                                                            Le corbillard

 

14-le corbillard lne voiture noire longeait le Boulevard,

Au mois de mai qui doit survenir chaque année,

Ainsi donc les arbres prospéraient bourgeonnaient

Et de charmantes dames jacassaient de bonheur

Des carrosses ouverts cahotaient gentiment

En direction du Bois, aussi loin qu’on pût voir,

La voiture noire seule avançait parmi eux

Complètement fermée, à son pas régulier.

Dedans la voiture à la pénombre agréable

Reposaient trois hommes blanchâtres et dénudés,

Dans une atmosphère passablement glaciale,

Le ton entre eux n’avait rien de décontracté.

Ils portaient un papier attaché à l’orteil,

Sur le bout de papier un constat de police.

Ils étaient couchés nus sur un sommier de glace,

Un édredon de glace au-dessus de leur tête.

Pendant que la glace sur sa tête suintait,

L’un dit le visage immobile :

À Mohács on vous a trouvé ?

Et dit l’autre : oui, vraiment, comme un hamster.

Et dit l’un : étiez longuement dans l’eau ?

Et dit l’autre : mais oui, au fond quatre jours,

Et dit l’un : moi j’ai sauté à Buda.

Et dit l’autre : moi c’était du Pont aux Chaînes.

Et dit l’un : et comment était la vôtre ?

Et dit l’autre : brunette et bien potelée,

Et dit l’un : tout juste comme la mienne

Et dit l’autre : eh bien, ma foi ça se peut.

Et dit l’un : dites, quel était son nom ?

Et dit l’autre : Catherine Ringaráz,

Et dit l’un : alors c’est phénoménal !

Vous êtes donc Pál Csempe.

J’ai cru qu’elle vous aimait.

Voilà pourquoi j’ai sauté

Et dit l’autre : n’est-ce pas vous qu’elle aimait ?

J’en étais désespéré

Et dit l’autre : il y avait donc espoir ?

Et dit l’un : qui l’a eue en fin de compte ?

Et dit alors le troisième : moi.

 

                                                          Œuvre posthume

Suite du recueil